Les fautes invisibles
Si j’aurais ou si j’avais ?
La réponse
Après un si qui pose une condition, on met l’imparfait ou le plus-que-parfait, jamais le conditionnel : « si j’avais su, je ne serais pas venu ». Le conditionnel va dans l’autre moitié de la phrase.
-
Si j’aurais su, je ne serais pas venu.Si j’avais su, je ne serais pas venu. -
Si tu viendrais samedi, on irait au marché.Si tu venais samedi, on irait au marché.
Le piège
La phrase entière parle d’une chose qui n’a pas eu lieu. Le conditionnel est justement le mode de l’hypothèse, alors on le met partout, par souci de cohérence. Le raisonnement se tient ; la grammaire, elle, a décidé autrement.
Le piège est d’autant plus traître que deux tournures voisines sont correctes. « J’aurais su, je ne serais pas venu », sans « si », est admis : l’Académie accepte deux propositions juxtaposées au conditionnel. Et quand « si » introduit une question indirecte, le conditionnel est normal : « je me demandais s’il viendrait ». Seul le « si » de la condition refuse le conditionnel.
D’où ça vient
« Si » vient directement du latin si, qui avait le même sens, et figure en français dès le IXe siècle.
Le conditionnel a une histoire plus pittoresque. En latin tardif, on disait cantare habebam, « j’avais à chanter » : un infinitif suivi de l’imparfait du verbe habere, « avoir ». Les deux mots se sont soudés et ont donné « je chanterais ». C’est pourquoi le conditionnel porte les terminaisons de l’imparfait : -ais, -ait, -ions.
Pour s’en souvenir
Les scies n’aiment pas les raies : après « si », pas de conditionnel en -rais. Si j’avais, si j’étais, si j’avais su. L’imparfait « si j’entrais » garde, lui, tous ses droits.
En situation
- Si j’avais le temps, je relirais tout le dossier. si + imparfait, puis conditionnel
- Si tu m’avais prévenu, je serais passé te chercher. si + plus-que-parfait, puis conditionnel passé
- S’il faisait beau dimanche, on déjeunerait dans le jardin.
- Je ne sais pas s’il accepterait ce poste. question indirecte : le conditionnel est correct
- Tu me l’aurais dit, j’aurais réservé une table. sans « si », deux conditionnels sont admis
Quiz
À vous de jouer
-
Question 1 sur 5
Si j’______ su, je serais parti plus tôt.
Après le si de la condition, plus-que-parfait : si j’avais su.
-
Question 2 sur 5
S’il ______ moins cher, je l’achèterais.
Les scies n’aiment pas les raies : s’il était.
-
Question 3 sur 5
Si vous veniez, nous ______ ravis.
Le conditionnel a toute sa place dans la seconde moitié.
-
Question 4 sur 5
Je me demande si elle ______ d’accord.
Ici, si introduit une question indirecte : le conditionnel est correct.
-
Question 5 sur 5
Le conditionnel est né de l’infinitif suivi de l’imparfait du verbe ______.
Cantare habebam, « j’avais à chanter », a donné « je chanterais ». Si Litote avait su, elle l’aurait dit plus tôt.
0 sur 5
À lire aussi
- Malgré que ou bien que ? Devant un verbe, on préfère bien que ou quoique, suivis du subjonctif : « bien qu’il pleuve ».
- Quoique ou quoi que ? On écrit quoique en un mot quand on peut dire « bien que » : « quoiqu’il pleuve, nous sortons ».
- C’est la faute à ou la faute de ? On dit c’est la faute de : « c’est la faute de la météo ».
- Qu’est-ce qu’un euphémisme ? L’euphémisme adoucit une réalité jugée pénible, brutale ou gênante en choisissant des mots plus doux : « il…